De la capitale argentine, on ne retient souvent que la Recoleta, les avenues et immeubles à la Haussmann, et la Maison rose d’où Evita demandait qu’on ne pleure pas pour elle ( » Don’t cry for me Argentina… « ). Mais on peut aussi la goûter contemporaine en choisissant la bonne attitude…
1 – COMME UN DANSEUR DE TANGO
Qu’on se rassure, » la pensée triste qui se danse » n’est pas (entièrement) tombée dans le domaine touristique. Un tour dans San Telmo, sur la Plaza Dorrego, l’une des plus anciennes de la ville, suffit pour s’en (r)assurer. Ici, lorsque les stands de la Feria de San Telmo (tous les dimanches) ferment, des couples passionnés dansent encore comme si leur vie en dépendait. À deux pas, dans l’historique Bar Sur (Estados Unidos, 299), on rejoue la scène du tango du film Happy Together de Wong Kar-wai, là même où elle a été tournée. Mais avant tout, pour assurer sur la piste, on file dans le quartier de la Recoleta s’acheter des chaussures ad hoc : celles de Comme il Faut (Arenales, 1239, porte 3, appartement M), considéré comme le Manolo Blahnik du genre. Et pour saisir un peu de l’âme de cette danse, on réserve la suite de l’un des meilleurs chanteurs de tango, Carlos Gardel, dans le chic boutique hôtel Legado Mitico (Gurruchuga, 1848), récemment ouvert dans le quartier de Palermo. Tout juste le temps d’être prêt pour participer au dixième Festival internacional de tango (du 15 au 24 août, www.festivaldetango.gov.ar). Pour ceux qui préfèreraient regarder, direction le dîner-spectacle du Rojo Tango, le cabaret de l’opulent Faena Hotel+Universe signé Starck (Martha Salotti, 445).
2 – COMME UN POLO ADDICT
Au Brésil, on respire football, chez le voisin argentin, polo. Lorsque débute la saison des matchs (de septembre à décembre), et particulièrement pendant l’Abierto Argentino de Palermo, les Porteños, toutes classes confondues, vont encourager leur équipe préférée au Campo Argentino de Polo, surnommé » la cathédrale du polo » (au croisement de l’avenida del Libertador et l’avenida Dorrego). Le favori ? Adolfo Cambiaso, le plus jeune joueur à avoir obtenu un handicap 10 et accessoirement, le Jude Law local. À la différence près que le beau brun ténébreux, surnommé Dolfi, est un mari exemplaire (pas étonnant lorsque l’on voit sa bomba latina d’épouse, María Vazquez, mannequin à ses heures perdues). Pour se consoler de cette fidélité exemplaire (mais agaçante), les fans se rattrapent sur les polos et sacs de la Dolfina (Avenida Alvear, 1315), le nom de son équipe et de sa marque de vêtements. Cette version argentine de Ralph Lauren connaît un franc succès et compte Robbie Williams et Owen Wilson comme aficionados. Si vous êtes du camp adverse, filez chez La Martina, la marque concurrente, qui vient d’ouvrir La Martina Reciclado (Costa Rica, 4677), une annexe dédiée aux vêtements recyclés. En Argentine, on peut être joueur, écolo et branché.
3 – COMME LA FAUNE TRENDY
The place to be à Buenos Aires ? Le quartier de Palermo, là où Jorge Luis Borges a grandi et où Francis Ford Coppola s’est installé. Ce barrio a connu un boom après la crise économique de 2001. Designers, stylistes et artistes s’y sont alors installés, attirés par les loyers à bas prix. Aujourd’hui, on y croise des mannequins faisant leur shopping chez Maria Cher (El Salvador, 4724), une styliste argentine qui a fait ses classes à la Central Saint Martins School de Londres ; des stars du rock prenant leurs quartiers autour de la piscine de l’hôtel Home (Honduras, 5860) et les personnalités les plus hype de la planète, John Galliano en tête de liste, au restaurant Casa Cruz (Uriarte, 1658). Palermo a deux visages. La journée, on fait son shopping à Palermo Soho, le soir, on passe de l’autre côté de la voie ferrée pour rejoindre Palermo Hollywood, siège des maisons de productions et chaînes de télé, où l’on dîne (pas avant 22 heures) et sort jusqu’au petit matin. Au Niceto Club (Niceto Vega, 5510), par exemple, où se tiennent les délirantes soirées Zizek, animées par le Texan Grant C. Dull, devenu l’une des icônes des nuits porteños. À l’aube, on se (re)pose dans les déglingués mais néanmoins moelleux canapés club du Bar 6 (Armenia, 1676), en sirotant un cafe con leche. Et si c’est le week-end, on file chez Olsen, pour le brunch scandinave le plus branché de Buenos Aires (Gorriti, 5870). On termine par une balade autour de la place Julio Cortazar, le coeur de Palermo, en faisant un crochet par Papelera Palermo (Honduras, 4945), l’une des plus jolies papeteries de la ville.
4 – COMME LE MICROCOSME DE L’ART CONTEMPORAIN
Ils ont beau graviter dans toute l’Amérique du sud (et ailleurs), fin mai, ils ne ratent pas Arte BA (du 22 au 26 mai, www.arteba.org). Cette foire d’art regroupe les galeries les plus en vogue. Parmi celles dont tout le monde parle, Appetite et sa directrice déjantée Daniela Luna (Chacabuco, 551) ainsi que Ruth Benzacar avec sa programmation pointue (Florida, 1000). Le reste du temps, on peut croiser ce beau monde à l’audacieuse Fundación Proa (Avenido Pedro de Mendoza, 1929), dans le quartier populaire de La Boca. Ce centre d’art, qui vient de rouvrir ses portes après rénovation et agrandissement, s’est offert Marcel Duchamp pour sa première exposition post-travaux. Autre point de ralliement, le MALBA (Presidente Figueroa Alcorta, 3415) créé par le milliardaire Eduardo Costantini pour abriter son incroyable collection d’art contemporain sud-américain. Un bon prétexte pour terminer par un verre sur la terrasse bucolique du restaurant. Les fans du XIX et XXe siècles fileront à la Fortabat Gallery (Olga Cossettini, 141). Ouvert en octobre dernier sur les docks, ce musée de 6 000 m2 abrite la collection de Maria Amalia Lacroze de Fortabat dans laquelle William Turner croise Juan Carlos Castagnino, Andy Warhol, Luis Felipe Noé, Salvador Dali et Xul Solar.
5 – COMME LES PORTEÑOS POSH
Après avoir confié leur chihuahua à leur passeador (les dog sitters que l’on croise dans la ville, une dizaine de laisses à la main), ils se donnent rendez-vous à Puerto Madero, le très moderne quartier des docks où sont installés le Faena Hotel+Universe et autres lieux à la mode bling-bling. Certains font chauffer leur carte bleue dans le mall le plus chic de la ville, le Patio Bullrich (Avenida Del Libertador, 740) installé dans un bâtiment historique, et chez Rossi & Caruso (Posadas, 1387), le spécialiste du cuir qui a vu défiler dans sa boutique toutes les têtes couronnées. Enfin, pour soulager jambes lourdes et poignets fatigués, direction le nouveau (et unique) spa La Prairie, installé dans l’hôtel mythique de Buenos Aires : l’Alvear Palace (Alvear, 1891). Au programme : salle de fitness avec coach pour s’entraîner sur les seuls appareils Kinésis d’Amérique du Sud, sauna, douche à jets, jacuzzi et last but not least, une carte de soins signés La Prairie et Yonka. Reste à choisir entre le caviar et la boue importée de la région de Mendoza…
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